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Nouvelles
sélections de pommiers rustiques résistant à la tavelure pour la production de cidre et
de jus

Résumé
Le
potentiel cidricole de cinq sélections rustiques
résistant à la tavelure (12166, 10625, SJC658,
13323 et SJC7811-1) a été évalué par des essais
répétés réalisés avec quatre cultivars témoins (Yarlington
Mill, Golden Russet, McIntosh Summerland et Makamik). Un
jury de dégustation, composé de 6 goûteurs
certifiés, a évalué l’arôme et le goût des cidres
produits avec ces différentes pommes en considérant plus
particulièrement les facteurs liés à la saveur et au
goût, tels que l’intensité et l’attrait du fruité
ainsi que l’acidité et la teneur en tannins. Parmi les
génotypes évalués, les pommes ‘Yarlington Mill’,
‘12166’ et ‘10625’ ont reçu les premières
places; elles étaient suivies de la ‘Golden Russet’
et de la ‘McIntosh Summerland’.
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- Introduction
- Le pommier
est un des principaux arbres fruitiers à feuilles
caduques cultivés au Canada. Le plus gros de la
production de pommes est consommée en frais, et une
bonne partie est transformée. En moyenne, les pommes
en mélange ont un rapport sucre/acide
de 15/1 (g/L), ce qui convient à la
fabrication de jus et de cidre. Certaines variétés
peuvent être insuffisamment acides comme la ‘Golden
Delicious’ (rapport sucre/acide : 20/1); cette
pomme reste toutefois intéressante pour la
transformation en raison de son rendement élevé et
du goût de son jus (De Groof, J., 1987). Souvent,
pour obtenir un cidre de qualité supérieure, on
mélange plusieurs cultivars. Emerson recommande un
mélange comportant 10 % de cidres très acides,
50 à 60 % de cidres moyennement acides, 30
à 40 % de cidres riches en matières
solubles et 5 % de cidres riches en tannins
(Emerson, 1983). Downing (1989) signale qu’il est
difficile de dire quelles variétés de pommes
donneront le meilleur cidre et que le coupage a
toujours été très employé pour uniformiser le
produit fini. Les Français et les Anglais ont
consacré beaucoup de temps et d’énergie pour
obtenir des pommes à cidre ayant de fortes teneurs en
tannins et en sucre tout en étant relativement peu
acides. Les grands pays cidricoles ont des sélections
spécialement adaptées pour les différents types de
cidres qu’ils fabriquent. Au Québec, toutefois, on
ne s’est jamais soucié de chercher des génotypes
à propriétés essentiellement cidricoles. Autrefois,
les pommes qui ne pouvaient être consommées en frais
servaient à produire du jus et du cidre. Pour la
fabrication du cidre, il fallait mélanger
différentes pommes, car certaines variétés comme la
McIntosh donnent un jus à saveur légèrement
désagréable (MacGregor et al., 1970).Dans l’étude
présentée ci-après, nous avons mesuré et évalué
les caractères qualitatifs du cidre de diverses
sélections, en faisant la comparaison avec des
cultivars connus actuellement utilisés pour la
production cidricole commerciale.
-

-
- Matériel
et méthodes
- Nous avons
cueilli des pommes mûres des cultivars Yarlington
Mill, McIntosh Summerland, Makamik et Golden Russet et
des sélections SJC658,
13323, SJC7811-1, 12166 et 10625 et utilisé leur jus,
après en avoir analysé un échantillon, pour
produire du cidre.
Préparation des échantillons de jus
Le jus a été analysé après la cueillette des
pommes et juste avant la fermentation (après 72 jours
d'entreposage). Il a été extrait de la pomme
entière, ce qui comprend la peau et le cœur, puis,
une fois bien mélangé, il a été filtré sous vide,
d'abord sur de la ouate, puis sur un papier filtre
assez poreux (AOAC, 1990). Il a été congelé
immédiatement après la filtration et conservé à
–20oC. Pour la mesure du pH, nous avons utilisé un
pH-mètre à électrodes de verre. Pour doser les
sucres totaux, nous avons suivi la méthode à l'anthrone
(Fairbairn,1953); pour les composés pectiques totaux,
nous nous sommes servis de la méthode de dosage des
acides uroniques (Blumenkrantz and Asboe-Hansen,1973).
Les tannins totaux et l'acidité titrable ont été
déterminés au moyen de la méthode de l'AOAC (1990).
Enfin, pour les matières solubles totales, nous avons
utilisé le réfractomètre tel que décrit
précédemment (Mattick and Moyer, 1983).
- Évaluation
des propriétés organoleptiques
Le jus des génotypes énumérés ci-dessus a été
mis à fermenter sans ajustement de la teneur en
sucre, en acides ou en tannins. Les échantillons ont
été évalués quant aux caractéristiques influant
sur le cidre fini, mais non à titre de cidres finis
comme tels, car le jus n'avait subi aucun traitement,
avant ou après la fermentation. Le jury de
dégustation était composé de 6 goûteurs
certifiés; neuf échantillons de cidre leur ont été
présentés. Les goûteurs ont évalué l'arôme
(intensité et attrait) et le goût, en accordant une
attention particulière aux divers facteurs
perceptibles constituant la saveur et le goût
(intensité et attrait du fruité, acidité, teneur en
tannins, etc.). Au terme de l'évaluation, chaque
cidre a été classé selon sa qualité globale.
-

Résultats
et discussion
pH
et acidité titrable
Les valeurs de pH et d'acidité titrable que nous avons
mesurées chez les cultivars témoins Yarlington Mill et
Golden Russet étaient semblables à celles dont fait
état Labelle (1980) (tableau
1). En
général, chez les génotypes étudiés, nous avons
constaté une baisse de l'acidité titrable après
l'entreposage, mais que le pH du cidre était légèrement
supérieur au pH mesuré augmenté après l'entreposage.
L'acidité titrable diminuait durant l'entreposage et
atteignait le plus bas niveau dans le cidre.
Sucres totaux et matières solubles
La teneur en sucres totaux et le facteur EBrix ont atteint
les valeurs les plus élevées chez 13323, SJC658,
SJC7811-1 et Golden Russet (tableau
1).
Il semble que ces deux caractéristiques soient en
corrélation positive, la teneur en sucres totaux ayant
une valeur légèrement supérieure à celle du
facteur EBrix. Les génotypes dont le jus contenait
le plus de sucres totaux (tableau
1)
sont arrivés les derniers pour l’acidité de leur
cidre, exception faite de la sélection SJC7811-1,
dont l’acidité était plus élevée.
Composés pectiques totaux et tannins totaux
C'est chez les génotypes 12166, 13323 et Summerland
McIntosh que la teneur en composés pectiques était le
plus élevée. Ce paramètre semble relativement stable,
car sa valeur est à peu près la même avant et après la
fermentation. La teneur totale en composés pectiques peut
causer des problèmes de turbidité durant la fabrication
du cidre. De fait, la clarification du jus des génotypes
à faible teneur en composés pectiques solubles peut
exiger moins d'enzymes, ou une température moins élevée
et moins de temps. La teneur en tannins du jus et du cidre
est peut-être le facteur le plus important à
considérer. Labelle (1980) a mesuré ce paramètre chez
40 génotypes : il a constaté que sa valeur varie
considérablement selon le génotype, les teneurs en
tannins mesurées allant de 34 à 228 mg/100 mL, avec une
teneur moyenne de 106 mg/100 mL pour les génotypes
européens et de 69 mg/mL pour les génotypes
nord-américains. Dans le jus des sélections 13323 et
SJC7811-1 et des cultivars Makamic et Yarlington Mill, la
teneur en tannins dépassait 400 mg/100 mL, ce qui est
considéré comme trop élevé (tableau
1); la teneur en tannins du cidre provenant de ces
pommes était également excessive (tableau
2). Le cidre de la Golden Russet semble être
intermédiaire.
Analyse des propriétés organoleptiques
Les cidres des génotypes Yarlington Mill et McIntosh
Summerland ont eu la préférence pour leur arôme, mais
le second s'est révélé sans grand attrait gustatif.
L'acidité était le plus prononcée chez la SJC7811-1 et
la Makamik, et le plus faible chez la Yarlington Mill et
la SJC658.
La teneur en tannins était excessive chez les sélections
13323 et SJC7811-1 et chez le cultivar Makamik. Le cidre
de Yarlington Mill avait des saveurs de pomme mûre très
agréables, une bonne charpente et un fini propre et long.
Il s'est classé premier selon l'évaluation globale
décrite par Mohr (1998), avant les génotypes 12166,
10625 et Golden Russet (tableau
2).
Certains producteurs de cidre du Québec avaient donné
une note élevée à la Golden Russet pour l'excellente
saveur du produit fermenté (Mohr, 1988). Dans notre
étude, le cidre de ce génotype a été jugé bon ou un
peu meilleur que l'ordinaire, et on lui a trouvé une
bonne longueur en bouche. Le cidre de la sélection 12166
a été classé parmi les très bons cidres en raison de
ses saveurs de pomme délicates et très agréables et de
son long fini. Son arôme présentait des intensités
modérées de pomme et de poire, avec des notes florales.
Le cidre de la sélection 10625 a été classé dans les
cidres de bonne à très bonne qualité. Il possède des
caractéristiques comparables à celles de 12166 et
présente des saveurs de pomme concentrées qui vont en
s'intensifiant dans un long fini persistant. Même si le
cidre de McIntosh Summerland a des arômes intenses et un
parfum floral généreux et complexe rappelant les pommes
fraîchement cueillies, sa saveur de pomme est faible, et
son goût est aqueux et peu prononcé. Dans une étude
portant sur 7 cultivars, la pomme McIntosh a reçu une
faible cote et s'est classée parmi les moins bonnes du
groupe pour sa qualité cidricole (Plocharski, 1990). Les
cidres des sélections SJC658,
13323 et SJC7811-1 ont été jugés médiocres à
ordinaires, mais on a trouvé au cidre de SJC7811-1 des
saveurs très sucrées de pomme et de pêche. En raison
des teneurs en acides et en tannins excessives de ce
cidre, il a été recommandé de n'utiliser ses
principales composantes que pour le coupage. Le cidre de
Makamik avait aussi de fortes teneurs en acides et en
tannins, et très peu de fruité apparent; il serait
possible de l'utiliser pour le coupage, mais seulement en
très petites quantités. Comme aucun génotype ne
possède un profil cidricole supérieur, le coupage est
très employé pour obtenir un cidre réunissant toutes
les caractéristiques voulues. Dans ce contexte, les
cidres à forte teneur en acides sont utiles pour
augmenter l'acidité du mélange final : les sélections
10625, 12166 et SJC7811-1, donnant un cidre très acide,
sont indiquées pour cet usage.

Conclusion
D'après
l'analyse chimique des jus et l'évaluation organoleptique
des cidres, le cultivar Yarlington Mill et les sélections
12166 et 10625 sont meilleurs que les autres pour la
fabrication du cidre. La Makamik, la 10625, la 12166 et la
SJC7811-1 semblent toutes avoir une teneur relativement
élevée en acides, et, de ce fait, pourraient être
utiles pour le coupage. La 13323 et la Golden Russet,
quant à elles, pourraient servir à produire des jus de
base, car elles ont des teneurs relativement élevées en
sucre et sont peu acides. Enfin, les génotypes Makamik,
SJC7811-1, 13323 et Yarlington Mill conviendraient pour
donner des propriétés astringentes au cidre, à cause de
leurs teneurs totales en tannins. Même si l'évaluation
n'a pas porté sur des cidres finis, mais sur les
caractéristiques influant sur le cidre fini, plusieurs
génotypes ont été jugés satisfaisants pour la
fabrication d'un cidre non coupé. Les sélections 12166
et 10625 pourraient appartenir à cette catégorie, car
leurs propriétés cidricoles semblent prometteuses; la SJC658,
quant à elle, pourrait servir à la production de jus :
en effet, elle donne un jus qui possède un arôme de
fruit mûr propre et délicat, d'une couleur vert jaune
stable. Ces sélections font actuellement l'objet d'une
évaluation plus poussée qui permettra de déterminer si
la production commerciale de cidre est envisageable.

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